On m’a appris à être stable. Personne ne m’a appris à être moi.

Douze ans de diagnostic de trouble bipolaire de type 1 et d’exploration des troubles psychiques en général. Mes points de vue évoluent, j’expérimente d’autres voies, et je continue.

La psychiatrie n’avance pas à notre rythme. L’essentiel, c’est d’avancer à son rythme. Et plus j’avance, moins j’ai de certitudes.

J’ai cherché des réponses partout : dans la science, la psychologie, la spiritualité, les autres troubles, les autres pays, chez les humain·es, chez les concerné·es. J’ai exploré sans rien écarter.

Apprenons encore, et toujours plus loin.

J’ai agi, appris, expérimenté. Dans les formations, auprès des humain·es. Et dans la meilleure école : celle de la vie. Je n’ai rien écarté. Et j’ai toute ma vie pour continuer.

Dans mon cas, les médicaments sont nécessaires, mais incomplets. L’hygiène de vie et la thérapie ne suffisent pas à elles seules.

Me limiter à discuter avec un·e thérapeute, manger cinq fruits et légumes par jour, et prendre mon traitement n’a pas suffi.

Atteindre une sacro-sainte stabilité, être « fonctionnel·le » dans la société, n’a pas suffi.

Tant qu’iel produit, l’humain·e est stable. Sans vague. Sans bruit. Un code-barres sur un tapis roulant.
Je ne veux plus ressembler à l’idéal de la société française. Rappelons-le : la France figure parmi les pays européens où la consommation de psychotropes est élevée.

Après toutes ces années, le discours dominant reste le même : déséquilibre chimique et facteurs environnementaux.

Si c’était uniquement cela, tout le monde serait stable avec des médicaments, non ? Quid de l’épanouissement ?

Tu le sais au fond de toi : ô combien c’est douloureux, tous les jours, d’essayer de se maintenir stable, quand on n’ose plus rêver d’être soi, du bonheur et de l’épanouissement.

J’ai cherché les modes d’emploi des autres et ceux des médicaments.

Le plus important n’était pas de savoir si j’étais dans les bons diagnostics, les bonnes étiquettes, les bonnes comorbidités, les bonnes qualités ou défauts, dans le bon métier, au bon endroit, avec les bonnes personnes, les bonnes passions.

Je tournais autour du pot depuis longtemps : « Qui suis-je ? »

Simplement, j’écris.

La conclusion qui me convient : j’ai toujours su qui j’étais, ce que je veux.

Merci, bipolarité.

Tu m’as permis d’explorer qui je suis et de m’épanouir.

Sans toi, je n’aurais pas cherché à me comprendre ni à exploser mes préjugés, mes schémas de vie.
Je me défais de ton nom. Je vis.

Je m’autorise à être, sans ton nom ni les autres : Lucie.

Bipolarité : je suis moi.

Et toi qui me lis, qui es-tu ?